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La simplicité volontaire et les « nouvelles technologies de l’information et de la communication » (NTIC)

02 Avr

Ce texte accompagne le lancement public du dernier numéro du bulletin trimestriel Simpli-Citépublié par le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV). Ce numéro porte entièrement sur les « nouvelles technologies de l’information et de la communication ». Nous souhaitons qu’il favorise des discussions nécessaires sur l’utilisation et l’avenir de ces outils qui ont de plus en plus tendance à dicter nos vies individuelles et collective.

D’abord une affirmation : la simplicité volontaire n’a aucune « position définie » sur les NTIC (comme d’ailleurs sur à peu près n’importe quel autre sujet). La simplicité volontaire n’est pas un dogme ni un manuel de prescriptions : c’est plutôt un éclairage et une orientation qui permet de regarder toutes les réalités dans une certaine perspective. Cela vaut aussi pour les NTIC.

Comment la simplicité volontaire regarde-t-elle donc ces nouvelles technologies (et les conséquences concrètes et multiples qu’elles entraînent)?

D’abord en insistant sur le fait que les NTIC devraient toujours être utilisées et jugées comme de simples outils ou moyens, qui n’ont de sens que dans le service qu’elles rendent ou pas, plus ou moins bien, à des objectifs jugés valables. Chaque fois qu’une technologie devient un objectif ou une fin en soi, la simplicité volontaire ne peut être qu’en désaccord. Or les NTIC (à commencer par le plus simple ordinateur) ont une redoutable tendance à développer rapidement une logique interne et une dépendance importante de leurs utilisateurs. Sans compter que pour des raisons largement commerciales, on développe ces NTIC de telle sorte qu’il faut sans cesse les « upgrader » ou les renouveler pour ne pas être rapidement distancés.

La simplicité volontaire insiste aussi sur les « liens » au détriment des « biens ». Mais ces liens, s’ils peuvent bien sûr être virtuels (je participe à de nombreux groupes militants dont les communications utilisent surtout Internet), visent principalement les relations entre des personnes physiques, qui se parlent et se rencontrent en chair et en os. Car c’est la condition même de la construction de toute communauté physique (une maison, une rue, un quartier, une ville, un pays) qui peut, seule, avoir un impact sur les règles du vivre-ensemble. La planète virtuelle des internautes, si elle rassemble de tous les continents, n’a qu’un impact limité sur les règles concrètes qui régissent les relations commerciales ou internationales et sur la constitution d’une citoyenneté active et vigilante.

La simplicité volontaire a toujours privilégié « l’essentiel »(ce qui, pour chaque personne, constitue ses véritablespriorités). D’où l’importance de prendre le temps du recul pour éviter d’être happé dans le tourbillon de plus en plus frénétique de l’urbanité, de la modernité, de la consommation et des désirs sans cesse exacerbés. Or les NTIC favorisent beaucoup plus la dispersion que la concentration, la multitude des possibles et une vitesse toujours plus grande, peu propices à cette identification de l’essentiel et de ses priorités.

La simplicité volontaire se préoccupe de l’environnement, de l’avenir de la planète et des ressources limitées qu’elle contient, tout comme de l’inégalité scandaleuse dans la répartition de ces ressources entre les milliards d’êtres humains. Or les NTIC sont un des secteurs les plus en croissance, qui court toujours plus vite dans une fuite en avant illimitée : toujours de nouveaux produits, plus rapides, plus performants, donnant accès à plus de fonctions et à plus de contenus! Sans aucune préoccupation pour la quantité de ressources planétaires engloutie dans chaque appareil qu’on propose ou qu’on remplace. Et avec une « fracture numérique » qui s’accroît entre ceux et celles qui ont accès à cette technologie de pointe… et ceux et celles qui en sont encore à chercher de l’eau potable!

Enfin, la simplicité volontaire a toujours plaidé en faveur du « contentement », c’est-à-dire cette capacité d’apprécier et d’être heureux de ce qu’on a, au lieu d’être malheureux et d’envier ce qu’on n’a pas. Ce qui est très différent, comme attitude, de « se contenter de ce qu’on a » ou d’intérioriser « qu’on est nés pour un p’tit pain ». Tandis que les NTIC sont certainement le domaine où l’on cultive le plus l’appétit insatiable du « toujours plus » (de contenus, de vitesse, de polyvalence, d’intégration et de commodité). Avec les deux arguments clinquants du bonheur et de la modernité : comment pourrions-nous être heureux et de notre temps sans participer à cette course effrénée aux plus récentes possibilités des NTIC?
Comme on peut le voir, si la simplicité volontaire ne rejette évidemment pas les bienfaits que peuvent apporter certains progrès de l’informatique (j’écris évidemment ce texte à l’ordinateur et le transmettrai par courriel!), la « logique interne des NTIC » tire globalement dans une direction opposée aux valeurs et aux priorités mises de l’avant par la simplicité volontaire.

Ce qui nous pose une question importante et délicate : puisqu’on ne « désinventera » pas les NTIC et que l’avenir est toujours « en avant » plutôt qu’« en arrière », comment réussir, dans nos vies individuelles (c’est la partie la plus facile) et dans notre vie collective, à prendre ce qu’il y a de positif dans ces nouvelles technologies sans nous laisser emporter dans toutes leurs conséquences négatives? Car si l’« on n’arrête pas le progrès », encore faut-il s’assurer qu’il s’agisse vraiment d’un progrès!

 

 

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